VENTE DE TABAC

02/09/2019

Par Marc Lomazzi

Le 30 août 2019 à 06h00, modifié le 30 août 2019 à 09h09

En France, 1,6 million de personnes ont laissé tomber la cigarette depuis 2016. Conséquence : les bureaux de tabac sont devenus, par endroits, une espèce en voie de disparition. En 2018, 524 ont baissé le rideau et 8500 ont disparu en moins de vingt ans. Gérant d'un bureau de tabac à Lescar (Pyrénées-Atlantiques) et président de la Confédération des buralistes, Philippe Coy revient sur cette érosion.

Pourquoi y a-t-il de moins en moins de bureaux de tabac en France ?

PHILIPPE COY. Il y a une baisse tendancielle. On ne peut pas la nier. Après la hausse massive des prix du tabac qui a fait suite au plan Cancer de 2003, on a perdu de 800 à 1000 points de vente par an. Au total, plus de 10 000 buralistes ont disparu en vingt ans. Or, dans certains territoires où même les services publics ont disparu, le bureau de tabac est souvent le dernier commerce en activité.

Quelles sont les zones les plus touchées ?

Il existe des « zones blanches » sans aucun bureau de tabac en zone très rurales, dans les zones frontalières, comme le Nord ou à la frontière avec le Luxembourg, mais aussi dans des quartiers urbains, comme près de chez moi à Pau, touchés par la pauvreté.

Les ventes de cigarettes ne cessent de baisser. Le déclin de votre profession n'est-il pas inéluctable ?

Les fermetures se ralentissent. Nous n'avons perdu « que » 524 buralistes en 2018. Nous retrouvons même une certaine dynamique, les rachats de commerce ont augmenté de 2 %. L'activité intéresse à nouveau des investisseurs et les banques nous soutiennent après nous avoir tourné le dos pendant des années. Le plan de transformation que nous avons lancé à l'automne 2018 commence à porter ses fruits.

C'est-à-dire ?

Notre métier doit se réinventer. Nous continuerons à vendre du tabac car le marché résiste. En 2018, avec la hausse du prix de 1 euro en mars, les ventes ont baissé de 9 % en volume mais ont augmenté de 4 points en valeur. Le problème est que si je perds 10 % de fréquentation, c'est très pénalisant car je vends moins de jeux, de souvenirs, de confiseries, etc. Pour faire face à cette baisse d'activité, qui est liée certes au commerce parallèle mais aussi au changement profond de comportement des Français avec par exemple le succès fulgurant de la vape, nous devons diversifier nos activités.

Où en êtes-vous justement de cette diversification ?

Le but est de capter du flux de clients par de nouvelles activités ou une extension de nos activités. À partir de 2020, nous vendrons des billets de train TER et grandes lignes. Dès le 1er janvier prochain, dans dix-huit départements, on pourra également payer jusqu'à 300 euros en espèces ses impôts locaux chez les buralistes qui pourront aussi encaisser la crèche, les frais scolaires, la cantine, le centre aéré ou les PV de stationnement. Donc, je perds des clients sur le tabac mais j'en regagne de nouveaux, fumeurs ou non fumeurs, avec ce type de services. Nous reprenons pied par ailleurs sur le marché de la vape. Je veux que les buralistes deviennent un véritable commerçant d'utilité locale.